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« Mariama »

La musique traditionnelle africaine a acquis ses lettres de noblesse dans le monde entier. Mais rares sont ceux qui ont songé à associer l'Afrique avec le 'folk'  occidental (guitares et protest songs), jusqu'au jour où deux types armés de leurs guitares se sont glissés entre deux sets lors d'une soirée consacrée à Dakar dans le cadre du 'Urban Beats Festival' au Barbican Center à Londres l'an dernier. Bien que très populaires dans leur pays natal, le Sénégal, Pape et Cheikh étaient quasiment inconnus en Europe. Ils ont immédiatement conquis le public grâce à leur énergie et à leurs mélodies bouleversantes.

Papa Amadou Fall et Cheikhou Coulibaly, nés respectivement en 1965 et 1961, ont grandi dans la ville de Kaolack et se connaissent depuis l'âge de huit ans. Pape, chanteur principal et parolier, est un poète et un extraverti romantique, tandis que Cheikh est plus introverti, mais aussi le plus doué de sens pratique des deux. Tandis que Cheikh continue l'école, avant de poursuivre des études de droit, Pape part pour Dakar, devenant apprenti-tailleur à l'âge de 13 ans. Plus tard, sur la suggestion d'une organisation d'aide internationale, il revient dans la région de Kaolack pour participer à un projet d'impressions sur batik et passe alors sept ans dans un village qui faisait autrefois partie du royaume Serer de Sine.

L'immuable savane brûlée par le soleil et ses immenses baobabs dans lesquels étaient autrefois enterrés les griots marqueront profondément Pape, de même que le peuple Serer et sa musique. Déçu par ses études, Cheikh rejoint Pape et ils commencent tous les deux à se passionner pour la musique traditionnelle Serer, dont les chants polyphoniques ont influencé d'autres musiciens sénégalais contemporains, notamment Youssou N'Dour.

Tout en s'imprégnant d'une grande variété de musiques traditionnelles et des sons dynamiques de la pop sénégalaise moderne, Pape et Cheikh découvrent aussi, par le biais de la radio, d'autres influences telles que Bob Marley, Pink Floyd, Deep Purple et surtout Bob Dylan.

Après avoir approfondi leurs recherches au Conservatoire de Dakar entre 1992 et 1993, Cheikh se met à la basse avec le vétéran sénégalais Ouza, tandis que Pape intègre une formation acoustique Serer. Dénommée Santamuma, cette formation tourne dans les hôtels du pays et interprète un vaste répertoire allant des chansons traditionnelles au "Wild World" de Cat Stevens ou encore "Sacrifice" d'Elton John, ce qui s'avèrera une excellente expérience.

En 1997, s'inspirant des célèbres duos occidentaux tels que les Everly Brothers ou Simon & Garfunkel, Pape & Cheikh forment un duo. En 1999, ils signent sur le label de Youssou N'Dour, Jololi, et enregistrent un album avec les meilleurs musiciens sénégalais, notamment Oumar Sow, le brillant guitariste de Cheick Lo et Super Diamono, le guitariste Jimi Mbaye et les percussionnistes Mbaye Dieye Faye et Assane Thiam, tous membres du Super Etoile de Dakar de Youssou N'Dour. Le producteur canadien Mac Fallow apporte une certaine modernité à l'ensemble, tandis que la voix superbe et bouleversante d'une adolescente dénommée Mamy, donne une touche irrésistible à la chanson "Mariama".

Si le duo est frustré que cet album, Yakaar, ne sorte pas immédiatement au Sénégal, ce contretemps leur portera finalement chance. En effet, lors de sa sortie au début de la campagne électorale de 2001,  "Yatal Gueew" (l'élargissement du cercle), une chanson en faveur de la tolérance et de la coopération entre les différents groupes ethniques, sociaux et religieux du Sénégal, a un tel impact que le leader de l'opposition, Abdoulaye Wade, décide d'en faire sa chanson thème - et tous les 25 autres partis, sauf un, en feront de même! Lors de sa victoire, Wade reconnaîtra que cette chanson a joué un rôle non négligeable sur le déroulement de ces élections qui ont amené le remplacement par des voies démocratiques du parti en place depuis l'indépendance du Sénégal.

Suite à leur prestation au Barbican Center à Londres, Pape et Cheikh signent chez Real World et enregistrent au printemps 2002 dans les studios du label avec le producteur Ben Findlay.

Ce nouvel album, Mariama, propose un regard riche et cohérent sur l'Afrique traditionnelle et moderne. Mariama conjugue un profond respect pour les thèmes chers à la culture africaine et un rare talent pour introduire les éléments nécessaires à la réalisation d'une chanson moderne vraiment universelle.